Portrait
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Revue de la Région Ile de France
2002

Chapô : Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, se consacre depuis bientôt 30 ans à l'enfance et à la jeunesse en difficulté. Auteur de nombreux ouvrages sur le droit des enfants et le travail social, il a créé et anime plusieurs associations œuvrant dans un but unique : faire de l'enfant une personne. Un engagement plein et entier sur une cause qui en fait (apparemment) un magistrat original.

Jean-Pierre Rosenczveig, président du Tribunal pour Enfants de Bobigny, est l'un des plus ardents défenseurs du droit des enfants. En plaisantant, il explique " qu'on pourrait croire qu'il est tombé très tôt dans la marmite ", pourtant, rien ne le prédisposait à cette carrière. Né en 1947 d'une mère mécanographe à la SNCF et d'un père vendeur de roulements à bille, ancien entraîneur de foot, sa carrière s'est jouée dans une salle de garde. " A la suite d'un malaise, mon frère médecin m'a emmené à l'hôpital d'Aulnay, puis a réuni ses confrères pour décider de mon avenir. L'un d'eux avait un ami magistrat - Jean Tibéri en personne - qui pouvait me servir de guide ". Finalement, Jean-Pierre Rosenczveig ne rencontra jamais Jean Tibéri, mais décrochera le concours de la magistrature en quatrième année de droit, à 22 ans. Ce n'est qu'en 1972 qu'il finira par fréquenter l'Ecole Nationale de la Magistrature à Bordeaux après en être parti en courant le premier jour effrayé par l'ambiance de ce milieu. Il devient juge des enfants à Versailles en 1974, fonction qu'il occupera jusqu'en 1981. Son choix s'est fait tant par élimination que par passion, " je ne pouvais pas devenir juge d'instruction car je ne supporte pas le sang, ni substitut car je n'aime pas la hiérarchie, ni rester des heures assis dans un siège car j'ai une scoliose ! Plus sérieusement, la fonction de juge pour enfants avait l'aura d'une justice à juge unique, d'une justice moderne et sociale par-delà chiens perdus sans collier ". Après un premier " septennat " à cette fonction, plutôt que de changer de tribunal pour " avancer ", Jean-Pierre Rosenczveig fait ses premiers pas dans la politique. Avec l'arrivée de la Gauche, il devient conseiller technique au Cabinet du secrétariat d'Etat chargé de la famille. Durant trois ans, il contribuera à réformer l'aide sociale en France et inventera les " opérations anti-été chauds ", devenues " VVV ", permettant à 800 000 enfants en difficulté de partir en vacances, évitant ainsi " la flambée des banlieues " en été. En 83, il donnera le coup d'envoi aux réflexions modernes sur l'enfance maltraitée et fonde dans la foulée l'Institut de l'enfance et de la famille, établissement public sous tutelle des affaires sociales qu'il dirige jusqu'en 1992, date à laquelle il renoue avec la magistrature active. Il sera membre du Haut conseil de la population et de la famille (jusqu'en 1995), expert français sur l'enfance auprès du gouvernement roumain (il est à l'origine d'une loi sur l'abandon des enfants), membre du Conseil supérieur de l'adoption. On lui confie la présidence d'une mission sur la déontologie des travailleurs sociaux. Son retour à la magistrature s'effectue lorsqu'on lui propose l'une des fonctions " à laquelle j'avais dit que je répondrais présent. De plus, je pensais intéressant de permettre à l'IDEF que j'avais créé de me survivre dans moi pour montrer qu'il répondait à un réel besoin".

Depuis novembre 1992, Jean-Pierre Rosenczveig est donc vice-président du tribunal de Grande Instance de Bobigny, président du Tribunal pour enfants. Outre la gestion du tribunal et des 400 nouveaux dossiers ouverts chaque année dans son cabinet il assume la présidence du Conseil départemental d'accès au droit et la coordination du programme d'aide aux victimes. A ce titre il travaille beaucoup avec la Région. Voilà qui remplirait l'emploi du temps de bien des hommes. Pourtant, Jean-Pierre Rosenczveig utilise sa carte de magistrat, " lui conférant une totale légitimité ", pour œuvrer dans bien des secteurs. Cette effervescence, qu'il présente comme " les multiples facettes d'une activité unique " lui donnant des outils pour " défendre sa cause ", fait de lui le président de Défense des enfants International-France (DEI-France)(www.globenet.org/enfant), de l'Association pour la Promotion de la Citoyenneté des Enfants et des Jeunes (APCEJ) (http://perso.club-internet.fr/apcej), de l'Association Nationale des Communautés éducatives (www.ance.org), d'Objectif famille (Trappes) et du Bureau International des droits de l'Enfant depuis fin 2000 (Québec). Il multiplie les interventions dans des colloques, des animations. Il est en outre enseignant à l'Institut Pieron (Paris-Sorbonne). Avec l'Institut de l'Enfance et de la Famille, établissement public de valorisation de la recherche (1984-1992) et le Cofrade (Conseil français des association pour les droits des enfants) qu'il a créé en 1988, il a singulièrement participé à la promotion de la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant (1989) au point où beaucoup croient en France qu'il en est le rédacteur.
Il offre aussi son soutien à tous les mouvements sur l'enfance, comme la Fondation R. Mac Donald dont fut membre du conseil d'administration. Soucieux de médiatiser son combat le plus possible, il est membre du Comité des programmes de France 3, travaille à des projets d'émissions TV et à une exposition des droits de l'homme et des enfants.

Sans compter son site Internet, monté récemment en complément du Journal du Droit des Jeunes qui a déjà enregistré près de 3000 visiteurs et où il offre " des éléments de réflexion sur les droits des enfants ici et maintenant " (rosenczveig.com). Ce panorama ne serait pas complet sans la présentation de son dada du moment, un jeu façon " Trivial Pursuit " permettant d'enseigner la loi aux jeunes. Les parents étant souvent incompétents sur nombre de ces sujets, " Place de la loi " balaye en 800 questions/réponses, souvent inspirées par des jeunes entendus au tribunal, le statut personnel et la famille, le droit scolaire, la vie quotidienne et la citoyenneté. " Il s'agit de réunir les uns et les autres de manière ludique autour de la loi, l'une des rares matières à ne pas être enseignée à l'école. Et cela peut même s'adresser uniquement aux adultes ! ". Ce jeu a reçu rapidement le soutien d'une dizaine de départements, de la région Ile de France et d'une dizaine d'institutions dont l'INRP.

S'il devait dresser un bilan de ses observations et contributions au droit de l'enfant, Jean-Pierre Rosenczveig le résumerait très simplement : " l'évolution la plus importante, dans la lignée de Françoise Dolto, tient au changement de regard sur l'enfant et l'enfance. L'enfant est vécu comme une personne. Il n'est plus seulement un objet de plaisir , mais sujet de sa vie et notamment de sa propre protection. Il a des droits d'où découlent certains devoirs. Il n'est pas inutile de rappeler ces droits aux adultes. Et militer pour les droits des enfants c'est somme toute se battre pour le respect des droits de l'homme. Comme tout magistrat se doit de le faire. ".




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